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L’homme n’est ni ange ni bête…

Marie Ange poussa la porte de la bibliothèque. El e s’assit dans le vieux fauteuil club en cuir, dans le coin gauche de la grande pièce, à côté de la fenêtre. Cet ami fauteuil usé l’avait accueil ie 30 ans plus tôt. Denis, son mari, qui n’était alors qu’un vague petit ami, l’avait amenée dans cette maison, la maison familiale. Marie-Ange se souvenait du bruit du portail qui grinçait sur les graviers de l’al ée sombre, des ombres des sapins et des ifs sur les pelouses, puis la porte de la demeure que Denis avait ouverte à grand mal, les serrures rouil ées auraient eu grand besoin de lubrifiant. El e avait traversé des pièces en enfilade pour arriver ici, précisément ici : dans cette vaste sal e au plafond de chêne aux poutres vernies, aux murs garnis de rayonnages sur lesquels s’étalait une multitude de livres. Denis était ressorti pour acheter quelques provisions. Marie Ange était restée là, dans ce fauteuil, dans l’ombre de la maison qui semblait la protéger et la mettre en garde, tout à la fois apaisante et inquiétante, dans cette pièce de lecture sereine et lourde de passé. El e avait pris au hasard un ouvrage près du fauteuil : « Histoires à ne pas lire la nuit » Hitchcock.
Marie Ange attendit. El e avait fait le nécessaire. El e avait fait ce qu’il fal ait faire. El e n’avait plus qu’à attendre. Le reste arriverait ou pas. Le repas de fête du 6 janvier, jour anniversaire d’Emilie, s’était déroulé le mieux possible, le plus joyeusement possible, dans la gaieté et la bonne humeur ou presque. El e avait avec Emilie sa bel e-mère dressé la table dans la grande sal e à manger en s’appliquant pour assortir tous les plats et les fines assiettes de porcelaine, en disposant avec art les cristaux précieux. Marie Ange avait cuisiné avec bonheur tout le jour aidée par Emilie. Emilie ! Emilie et André ! Avant même que Marie Ange n’épouse Denis, André était devenu son meil eur ami, son meil eur al ié. Son beau-père l’adulait ! Il la parait de toutes les qualités. El e était la fil e qu’il n’avait jamais eue et malgré son caractère souvent emporté et bileux, jamais il n’avait élevé la voix en s’adressant à el e. C’est étonnant le pouvoir que j’ai sur lui alors même que c’est l’être le plus désagréable du monde pour son entourage et, moi, sans rien faire, juste en étant moi-même : Je le désarme ! André était mort 10 ans plus tôt. Cancer. Le pire : cancer du poumon. Pas décédé : mort. Marie Ange ne trichait jamais avec les mots : la mort était la mort, le cancer : le cancer. El e secoua la tête. Une journée bien agréable et l’anniversaire d’Emilie plutôt réussi.
C’était juste à la fin que tout s’était gâté. Là haut, dans le lit, ce n’était plus Denis : un Marie Ange savait reconnaître la mort. El e l’avait amplement côtoyée : 12 années d’études de médecine et 20 ans de pratique vous familiarisent avec la mort.
El e était redescendue dans la sal e à manger : Stephan le frère de Denis écroulé sur son assiette. Laurence, sa femme, dans la cuisine. Même constat. Alors, el e avait fait ce qu’il fal ait faire. El e avait composé le 18, la caserne du Général Brûlard à Besançon, sachant déjà que les secours qui viendraient seraient inutiles. Avec les routes enneigées et verglacées, les pompiers n’atteindraient Deluz, au mieux, que dans une heure. Puis, 5 Km encore pour parvenir au domaine « Des Grands Ifs » Mais, el e avait fait le nécessaire, el e avait appelé ensuite le Docteur Masson, médecin de famil e. El e n’avait plus qu’à attendre. La sonnette de la porte de la bibliothèque la fit sursauter. Le Docteur Masson secouait la « - Bonsoir ma grande. Ma voiture est au garage pour révision. Heureusement que mon ami l’Adjudant chef Paul Latour qui dînait à la maison a eu la gentil esse de me conduire jusqu’ici. » Une silhouette massive s’encadrait sur le seuil derrière le docteur. Marie Ange, interloquée, dévisagea la face lourde et épaisse de ce colosse blond aux cheveux raides qui se tenait droit devant el e comme figé dans un étonnant et ridicule garde à vous. « Venez vite ! » Ils la suivirent à travers le dédale des couloirs jusqu’à la sal e à manger. Stephan était affaissé sur la nappe blanche. « Mon beau-frère » dit Marie Ange à Latour. Masson se précipita et ausculta un bref instant le corps sans vie. « Il est mort. » Sur la nappe blanche damassé, 5 assiettes à dessert, des cuil ères éparses, 5 flûtes, 2 bouteil es d’eau minérale à moitié vides et au centre un beau gâteau roulé saupoudré de sucre glace. Ils entrèrent dans la cuisine. Une femme mince, élégante, gisait sur le carrelage à damiers noirs et blancs : « Ma bel e-sœur Laurence, la femme de Stephan » Pendant que Masson se penchait sur le cadavre, les regards de Marie Ange et Latour se croisèrent, soudainement conscients l’un et l’autre de l’incongruité de cette séquence de présentation. Masson hocha la tête : « - El e aussi est décédée. Denis ? - Denis est là haut dans la chambre. Il a été pris de vertiges et de malaises digestifs à la fin du repas. Il était en hypotension : 6-4 et tachycardie : 130. J’ai fait une injection de phényléphrine et d’étiléfrine. - Tu as bien fait. Je monte. Marie Ange est médecin chirurgien chargée du service chirurgical du CHU de Besançon » expliqua-t-il à l’adresse de Latour. Ce dernier examina les deux corps.
« - C’est peut-être une intoxication alimentaire, mais il faut une autopsie vu la dilatation des pupil es. » El e approuva. Masson revint : « - Désolé Marie Ange. Je dois confirmer ton diagnostique. Dis-nous exactement ce qui - Avant le dessert, Denis a été pris de malaises. Je l’ai accompagné dans la chambre, l’ai examiné, ai fait les piqûres et contacté le 18. Quand je suis redescendue, Emilie était en proie à une crise de panique : el e m’a écrit que Laurence avait eu des malaises comme Denis et que Stephan s’était brutalement écroulé sur la table. J’ai ausculté les corps, ai administré un somnifère à Emilie et l’ai conduite à sa chambre. - El e vous a ‘’écrit ‘ ? s’étonna Latour. - Emilie a perdu la parole depuis la mort de sa sœur Clémence, il y a deux mois. Nous avons eu recours aux plus grands spécialistes entre autres le professeur A…. à Paris. Aucune lésion. Cause psychologique. El e communique par écrit sur l’écran de son portable, de son ordi ou la tablette.
- El e vient de perdre ses deux fils Denis et Stephan. Je vais l’examiner. » dit tristement Masson. Il monta lourdement l’escalier.
Les ambulances en avaient fini de hurler leurs cacophonies de sirènes stridentes et Marie Ange ouvrit la porte de la bibliothèque et fit entrer Latour. Dans la lumière diffuse, tamisée et dorée des abat-jour passés de mode, la pièce semblait une bul e propice à la rêverie, envoûtante et inquiétante à la fois. On ne peut négocier ni avec la réalité ni avec la lumière : el es vous imposent les pensées, les couleurs, les visions et les formes. Là tout était adouci, apaisé, serein : les contours, les choses, les êtres…. Latour entra. Sa charpente imposante en parfaite harmonie avec le vaste lieu. Il dominait et emplissait l’espace. Non seulement il le remplit, mais il se l’approprie ! Latour se dirigea vers les rayonnages. Marie Ange silencieuse observait. Ses mains lourdes et larges effleuraient les ouvrages. Il les caressait, les ouvrait, les feuil etait avec une délicatesse étonnante, une grâce, une souplesse inattendue. Ses gros doigts gourds et épais semblaient s’al éger, s’emplir, s’animer d’une légèreté, d’une tendresse et d’une douceur que la rudesse de la silhouette n’aurait jamais laissé supposer. El e sourit : « - Vous ressemblez à un enfant au matin de Noël ! ‘’Sur le Noël, morte saison, … - Que les loups se vivent de vent’ Vil on.
- Gagné.
- ’ Montaigne eût dit : que sais-je ? lança-t-il.
- ‘’Et Rabelais : Peut-être…’’compléta-t-el e : Victor Hugo : Marion Delorme.
- Gagné. » Il prit avec douceur les Pensées de Blaise Pascal, ouvrit au hasard : « - ‘’Le plus grand malheur de l’homme c’est…. Il la regarda interrogatif. El e poursuivit : - qu’il ne peut rester immobile, assis dans une pièce.’ - Gagné. - C’est faux, dit-el e, le plus grand malheur de l’Homme c’est la mémoire, la finitude et l’incapacité à remonter le temps. » consciente de briser le lien, le charme de complicité qui s’était tissé entre eux. Latour se laissa lourdement choir sur le fauteuil de cuir face à el e.
Ses yeux marron avaient perdu l’éclair malicieux qui les avaient il uminés pendant leur joute littéraire. Le regard froid, scrutateur, le ton tranchant, professionnel, il interrogea : « - Résumons-nous Madame. Pour l’anniversaire d’Emilie votre bel e-mère vous - Un poulet à la broche, un gratin dauphinois, un biscuit roulé à la confiture. Personne n’y a touché. Denis s’est senti mal au moment du dessert puis…. El e soupira.
- Boissons : Apéritifs, vins, champagne ? - Denis, Stephan, Laurence et moi buvions de l’eau minérale plate. Emilie de l’eau gazeuse. » « - Oui, reprit Marie Ange. Le père d’Emilie et Clémence était alcoolique, brutal, violent. Les deux sœurs en ont souffert, coups, humiliations, j’ignore jusqu’où…Bref, el es n’en parlaient pas. Toujours est-il qu’un soir, les petites devaient avoir 11, 12 ans, le père saoul comme un cochon après avoir une fois de plus tabassé ses fil es et leur mère s’est endormi, on a pensé qu’il fumait, le feu a pris au matelas puis s’est propagé. Des voisins ont pu sauver les fil es en brisant la vitre de la fenêtre de la chambre mais les parents sont morts. Et aussi le bébé de 6 mois. Depuis lors et sans doute bien avant, Emilie et Clémence ont pris l’alcool en horreur. Chez Emilie, il était interdit de séjour.
- Pu… - Tut ! Tut ! Tut ! Voyons ! Adjudant chef ! S’il vous plaît ! - Pardonnez-moi, dit-il déstabilisé. Il s’éclaircit la voix : « - Nous prélevons les empreintes dans chaque pièce et avons emporté pour analyses les restes du dîner. En terme de traitement médical, que prenez Denis, Stephan et Laurence ? - Mon mari : de l’aprazolam 25 mg et un anxiolytique : ses nerfs étaient mis à rude épreuve : il dirige, enfin, dirigeait un restaurant huppé de Besançon. Ce n’est pas de tout repos. Laurence prenait une pilule contraceptive, Stéphan : un antidépresseur : escitalopram 20 mg : son entreprise de micro informatique battait de l’aile et il avait du débaucher… Pour le reste, ce que je sais, c’est qu’Emilie diplômée en pharmacie comme Clémence, donne à chacun des capsules de phytothérapie. C’est sa marotte ! Les deux sœurs étaient pharmaciennes à Deluz. Emilie possédait le commerce et employait Clémence. Bref, el e administre avec grand sérieux à Denis : Aubépine, Til eul, Valériane. A Laurence toujours préoccupée par sa ligne et son poids : Thé vert, Fucus, Pectine de pomme. Et à Stephan : Propolis, Gelée royale. - Et à vous ? - Je suis médecin Monsieur Latour pas herboriste.
- Où sont ces capsules ? Mes col ègues ont trouvé les médicaments mais j’aimerais envoyer ces gélules au labo pour analyse. » Ils retournèrent dans la cuisine. Marie Ange ouvrit un placard mural. Tout était rangé impeccablement, méticuleusement, avec une précision quasi militaire. « - Emilie est très ordonnée, commenta Marie-Ange.
- Eh bien ! Ce ne doit pas être très amusant de vivre chez Emilie ! s’exclama Latour, un peu monacal non ? ! - C’est pour les vacances et c’est…rassurant, apaisant, serein… Comment vous dire… ? ‘’La sérénité ne peut être atteinte… - que par un esprit désespéré.’ Blaise Cendrars.
- Bravo Adjudant chef, dit-el e avec un soupçon d’étonnement. Gagné. » El e le raccompagna à la porte de l’allée de la bibliothèque. Il hésita un instant puis : « - Pardonnez-moi Madame. Je ne vous ai pas présenté mes condoléances pour vos proches décédés. »Marie Ange se raidit. El e savait juger à leur aune condoléances et autres plates politesses marquées au sceau du conformisme. Le ton se fit cinglant : « - Pas décédés Monsieur : morts. Vous me décevez. J’attendais plus de finesse de votre part. » Latour se tenait devant el e, l’air penaud d ‘un enfant pris en faute. El e se radoucit, ses yeux se troublèrent, sa voix trembla légèrement : « Voyez-vous, Adjudant chef,‘’on passe la moitié de sa vie à attendre ceux qu’on aimera… - et l’autre moitié à quitter ceux qu’on aime’ Victor Hugo.
- Je vous retrouve bien là : Gagné. El e toussota pour masquer son moment de faiblesse.
- A demain Madame. ‘’Voici demain.
- “ qui règne aujourd’hui sur la terre” Paul Eluard.
- Gagné. » Leur regards s’animaient à nouveau de cette pointe de malice qui faisait leur entente. undi 7 janvier 2013 : 14 00 : Marie Ange assise dans le fauteuil club tournait les pages épaisses d’un album suranné à la couverture défraîchie tapissée de roses, pivoines et bleuets. Latour, armé de son portable, faisait les cent pas dans la pièce.
« - Vous permettez ? dit-il en tendant la main.
- Vous ne manquez pas d’un certain aplomb Monsieur Latour. Vous fouil ez partout jusque dans les tiroirs, les recoins les plus secrets et même les poubelles et vous me demandez l’autorisation de consulter un album photos ! Tenez. »Latour feuil eta quelques pages, il sursauta, yeux écarquil és : « - Pu.
- Tut, tut, tut Adjudant chef ! Modérez vos expressions ! - Vous ne m’aviez pas dit qu’elles étaient jumel es ! Emilie et Clémence ! Prévenez votre bel e-mère : qu’elle soit là quand je reviendrai ! » Il hurlait, haletait. Les iris des yeux noisette tournaient comme s’il avait été saisi d’une crise nerveuse. Marie Ange le dévisageait ébahie. Il sortit précipitamment, revint tout aussi vite : « - Clémence a été incinérée ? - Non. Clémence et Emilie ne souhaitent, souhaitaient ni l’une ni l’autre ce mode de ‘ départ’ .
- Emilie, Clémence et moi, Madame, nous nous rejoignons sur ce point. Je hais l’incinération.
- C’est idiot. ‘’ Les idiotes ne sont jamais aussi idiotes qu’on croit… - ‘’ les idiots, si.’ Marcel Achard.
- Gagné. Vous êtes calmé ? » Il ne répondit pas et sortit en trombe .
undi 7 janvier 2013 : 18 00 : Latour entra comme un cyclone dans la bibliothèque en pestant et jurant contre la neige. Emilie et Marie Ange attendaient. A son habitude, il s’enfonça dans le fauteuil. Il dévisagea Emilie. La vieil e femme maigre se tenait droite, sur une chaise. « - Madame, dit-il calmement, vous n’êtes pas Emilie mais sa sœur jumel e Clémence. Quand Emilie est morte de rupture d’anévrisme, vous avez pris son identité. Vous étiez seule dans la maison et aviez tout loisir pour le faire. Les jumeaux sont souvent semblables, parfois inter changeables, même l’ADN est pratiquement identique. Mais pas les empreintes digitales. Dans la chambre que vous occupez, cel e d’Emilie, nous avons relevé vos empreintes, cel e de la femme de ménage et curieusement, de ci de là sur certains objets personnels, des empreintes non identifiées. Dans l’ancienne chambre de Clémence : vos empreintes. Le service des passeports de la Préfecture de Besançon m’a permis cet après midi d’éclaircir ce point : les quelques empreintes non identifiées dans votre chambre actuel e et dans la maison sont cel es d’Emilie. Une autre différence chez les jumeaux, surtout âgés, c’est l’empreinte vocale. C’est pourquoi vous avez feint de perdre la voix à la mort de votre sœur. Imparable. Enfin, l’écriture des jumeaux n’est pas la même. Vous avez soigneusement évité d’écrire sinon sur portable ou ordinateur. » La vieil e dame émit un son rauque et tenta d’articuler d’une voix érail ée, réduite au silence depuis deux mois : « C’est faux ! » Les cordes vocales sont des muscles qui s’atrophient et s’engourdissent quand ils sont contraints à l’immobilité, pensa Marie Ange. Latour sortit de sa sacoche deux documents et poursuivit avec le calme étonnant qu’il adoptait depuis son entrée tonitruante : « Vous al ez probablement devoir passer une radio dentaire panoramique. Le docteur Thil on, votre stomatologue, m’a confié tout à l’heure ces deux clichés. Le vôtre et celui d’Emilie. Souhaitez- vous que nous demandions l’exhumation du corps d’Emilie pour vérification et comparaison du panorama dentaire ? - Non, chuchota Clémence, inutile. Vous avez raison. » El e se leva. «- Attendez, s’il vous plaît, je n’ai pas terminé, reprit Latour d’une voix si douce qu’el e laissait présager le pire. Outre l’usurpation d’identité sur la personne de votre sœur Emilie, vous êtes coupable d’un triple homicide : Denis, Stephan, Laurence.
- Quoi ?! - Laurence avait deviné votre stratagème. El e vous faisait ‘’chanter’ si j’ose dire, bref, el e vous extorquait de l’argent en échange de son silence. Le samedi 5 janvier à 14 heures, vous avez retiré à la Banque Postale de Deluz 6000 euros. Où sont-ils ?- Mais, à leur place : dans le tiroir de ma table de nuit ! Emilie réglait toutes les dépenses en liquide. » La voix blessée, douloureuse, ne parvenait pas à moduler, à exprimer l’incompréhension et la terreur qui se peignaient sur le visage de Clémence.
« - Les 6000 euros sont dans le sac de Laurence ainsi que plusieurs bijoux de prix ayant appartenu à Emilie, Madame. De plus, les SMS du portable de Laurence sont clairs. - Quels SMS ? El e avait perdu son portable ! Tu te souviens Marie Ange ? Tu l’as appelée au moins quinze fois dans toutes les pièces de la maison pour le situer ! En vain.
- C’est vrai, dit Marie Ange, el e perdait tout. Souviens-toi quand el e a égaré ses gants mauves que nous avions achetés à Besançon ! El e m’a presque accusée de les avoir subtilisés avant de les retrouver chez el e sous sa télé. C’est vrai Adjudant chef ! J’ai appelé son portable au moins 20 fois pendant qu’el e arpentait la maison.
- Pas 20 fois Madame. 26 fois très exactement. » Il se retourna vers Clémence :« - Le portable a été retrouvé dans le vide poches côté conducteur dans la voiture de Laurence. El e avait envoyé 3 SMS à une amie Mme Michelle Loryot. » Il sortit un papier de son sac et lut : « ‘’1° Cette fois, je tiens le bon bout. Je n’ai plus ka presser le citron ! Il est mûr ! 2° J’ai obtenu un bon pactole ! Ca va ns aider Steph et moi. 3° Ne m’appel e surtout pas, je négocie ! A ns la Bel e Vie ma bel e ! J’ai levé un bon lièvre ! La vieille n’est pas ki on croit ! El e va payer !’’. Je vous fais grâce des smilies et des fautes. » Une chape d’angoisse était tombée sur la pièce. Clémence tenta de la briser en coassant lamentablement « Mais qu’est-ce que vous racontez ? Laurence était bête comme un troupeau de moutons ! » Latour l’arrêta d’un geste impératif : « El e vous faisait chanter. Ce n’est pas un métier d’avenir. Peut-être était-el e sotte, mais si une femme que vous jugiez stupide avait pu deviner votre subterfuge, vous, qui avait oublié d’être sotte vous vous doutiez bien que d’autres personnes plus fines que Laurence vous perceraient à jour. Vous n’avez rien Madame que votre maigre retraite de pharmacienne employée par votre sœur Emilie. Le jour où Emilie est morte, vous avez pris peur. Vous saviez que l’héritage : domaine, biens mobiliers et immobiliers, reviendrait directement à vos deux neveux : Denis et Stephan. Stephan était au bord du gouffre, du dépôt de bilan : les deux frères auraient liquidé le domaine et se seraient partagé les avoirs. Alors, vous avez commencé à préparer votre avenir. D’abord, vous vous êtes fait passer pour Emilie. Il vous suffisait de vous taire et d’écrire sur portable. La voix et l’écriture : les deux choses qui pouvaient vous dénoncer. Puis Laurence a deviné. Et si Laurence, bête comme vous vous plaisez à me le répéter et bavarde comme une pie comme on peut le constater à la lecture de ses SMS, si Laurence avait découvert votre mystification, vous aviez tout lieu d’être inquiète. El e aurait à un moment tout dévoilé à Stephan. Ainsi, Madame, vous avez fait ce que vous pensiez devoir faire pour vous préserver : vous avez empoisonné ceux qui vous gênaient : Laurence, Denis, Stephan. On peut appeler cela : l’instinct de survie. Laurence parce qu’el e était dangereuse. Denis et Stephan par sécurité. Au cas où….Dans les gélules de phytothérapie que vous administriez à vos trois neveux, on a retrouvé la signature du domaine ‘’ Les Grands Ifs ’ : de la poudre d’épines et de pépins d’airelles d’ifs. Ces arbres ne manquent pas par ici. Vous avez empoisonné tout le monde à coups d’ifs. 3 grammes tuent une vache, 5 grammes tuent un cheval. Astucieusement, vous avez placé la poudre dans les gélules ainsi l’amertume de l’if passe inaperçue. Les épines et les graines broyées étaient dans le tiroir de votre table de nuit dans une ancienne boîte à bijoux. Vos empreintes : sur cette boîte et sur les flacons de gélules. » Clémence perdait pied. Son torse se balançait d’avant en arrière et de gauche à droite comme un pantin désarticulé. Ses mains se tendaient en un geste implorant vers Marie Ange : « Dis-lui toi ! » parvint-el e à articuler. « - Monsieur Latour, si Clémence avait assassiné tous les membres de sa famil e comme vous le laissez supposer, pourquoi m’aurait-el e épargnée ? - Bien Madame. ‘’ Le savant n’est pas l’homme qui fournit les vraies réponses….
- c’est celui qui pose les vraies questions’’ Lévi-Strauss, compléta-t-el e. - Gagné, il sourit amusé qu’el e poursuive le jeu dans un moment si intense, plus sérieusement, j’ai contacté ce matin Maître Dupuys, notaire de votre famil e. André et Emilie étaient mariés sous le régime de le communauté universel e. A la mort d’André tous les biens revenaient à Emilie. Au décès d’Emilie, ses deux fils héritaient de la totalité. Le contrat précise ‘’ à Denis et Stephan G… à défaut à Marie Ange G…. notre bel e fil e’ . Vous semblez étonnée Madame ? Vous ne le saviez pas ? - Je…. l’ignorais totalement…. La stupéfaction lui coupait la parole. Vous voulez dire que…balbutia Marie Ange.
- Je dis très exactement que selon les termes du contrat en cas de disparition des deux fils, vous êtes la seule héritière. Clémence, el e, le savait. El e sait aussi l’attachement viscéral que vous avez pour cette maison et plus spécialement pour cette pièce, il montra les livres qui semblaient de silencieux spectateurs attentifs. Votre métier et les revenus du restaurant de Denis vous mettent à l’abri du besoin. Avec vous el e pouvait continuer à occuper la maison jusqu’à sa mort. C’est un pur hasard si je me suis trouvé là et que j’ai eu des doutes sur la cause de la mort. Le Docteur Masson aurait peut-être conclu à une intoxication alimentaire et vous, Madame, bien que la dilatation anormale des pupilles vous eût alertée, vous vous seriez rangée à son avis. » Marie Ange, pétrifiée, acquiesça. Latour se tourna vers Clémence : « Vous al ez devoir m’accompagner, Madame, vous êtes en garde à vue. Vous serez inculpée d’usurpation d’identité et de triple homicide. Prenez quelques vêtements et des affaires de toilette. Al ez l’aider, dit-il, à Marie Ange. » Il se détourna et sortit sous le porche pendant que les deux femmes montaient l’escalier. Clémence, tremblant de tous ses membres et chuchotant des phrases incompréhensibles. Marie Ange parlant à voix basse d’un ton rassurant pour la calmer.
Latour faisait les cent pas en fumant sous le porche quand soudain une détonation retentit, suivie d’un hurlement strident. Il traversa à toutes jambes la bibliothèque et gravit prestement l’escalier avec une agilité étonnante pour un homme de sa corpulence.
A côté d’un tiroir ouvert de la commode et d’un sac de voyage, le corps de Clémence gisait recroquevil é en position fœtale, les deux mains serrées sur la crosse d’un pistolet. Une tache de sang s’élargissait sur sa poitrine au niveau du cœur. Marie Ange enveloppée d’un grand châle noir se tenait tétanisée sur le seuil de la sal e de bains. A ses pieds, divers objets de toilette épars. « - J’étais…en train de… de préparer… bégaya-t-el e.
- Je vois, dit sèchement Latour. Vous saviez qu’el e avait un pistolet ? N’y touchez pas ! - On dirait…celui d’André. Nous…pensions que…. Emilie s’en était débarrassé… - Descendez m’attendre en bas, ordonna-t-il, j’appelle le labo et le fourgon mortuaire.» Marie Ange, recroquevil ée dans le fauteuil club, attendait. Sur la petite table basse aux pieds de chêne, el e avait posé le paquet de cigarettes et le briquet de Latour. El e avait al umé la lampe bleue du bureau, pansue, avec son gros globe opaque et ouvragé et les appliques au bois rustique qui sous leurs petits abat jour beige, désuets, décorés de scènes de chasse images d’Epinal, diffusaient une lumière ambrée si tamisée et intime que les ombres prenaient vie. Les ombres tel ement plus rassurantes que la lumière. Les ombres qui l’entouraient, la réconfortaient, la protégeaient comme un cocon, un refuge, des bras bienveillants. El e laissa ses yeux errer sur les livres. El e était là la vraie richesse, la vraie vie. Dans ces compagnons muets et diserts, dans ce sanctuaire niché au sein de la grande demeure temple du souvenir, bien plantée au cœur du parc de sapins, de buissons et d’ifs, solide et éternel e. El e entendit la voiture de Latour s’arrêter devant le porche. Avant qu’il ne sonne, el e lança : « Entrez Monsieur Latour. La porte est ouverte.» L’imposante carrure de Latour s’encadra dans le rectangle de la porte. Avec son blouson couvert de neige, son visage aux traits épais tail é à coups de serpe, ses cheveux blonds et raides qui pendaient autour des joues, il ressemblait davantage à une brute qu’à un adjudant chef policé, se dit-el e. Vêtu en civil d’un jean et d’un pul à col roulé blanc comme la veil e, il s’ébroua avec vigueur tout en pestant, toussant, vitupérant. «Tut, tut, tut ! Fermez la porte, entrez et cessez de jurer comme un sapeur voulez-vous ? » Il resta coi. « Vous n’êtes guère imprévisible Monsieur Latour. Votre arrivée tonitruante n’a rien de surprenant. Vous avez oublié vos cigarettes, votre briquet. Prenez-les et dépêchez-vous de rentrer. Merci. » Il toussa, éternua et se moucha bruyamment. « Je suis entré par le portail de l’al ée de la bibliothèque. Il n’était pas fermé. Ce n’est pas prudent Madame. Vous devriez le verrouil er : on entre ici comme dans un moulin ! » Il s’enfonça lourdement dans le fauteuil de cuir face à Marie Ange et croisa bras et jambes signifiant clairement son intention d’imposer sa présence : « Je m’attendais à un accueil plus chaleureux ! » Marie Ange bondit. La voix empreinte de colère retenue détachait et articulait chaque syllabe : « Je suis fatiguée Monsieur Latour ! Je vous rappel e qu’en l’espace de quelques heures j’ai perdu toute ma famil e ! Avez-vous la moindre idée de ce que l’on ressent Monsieur Latour quand on perd tous les siens d’un seul coup ? Rien ! Rien ! On ne ressent rien ! On est vide comme une coquil e ! Anesthésiée ! Lobotomisée ! Je suis épuisée Monsieur Latour ! J’ai 4 corps sur les bras, un restaurant, une succession, des tonnes de démarches administratives dont j’ignore tout et qui me dépassent ! Je suis une handicapée de la vie courante Monsieur Latour ! Je ne sais même pas faire une déclaration d’impôts ! La moindre formalité me plonge dans des transes et des angoisses insurmontables ! Je ne suis compétente et à l’aise que dans mon domaine : la chirurgie et les livres. Je ne sais pas comment faire ! Je ne sais pas ! Ajoutez que la semaine prochaine, j’ai 6 interventions prévues, des rendez-vous à la pel e et je suis de garde le week-end ! Et vous, vous vous obstinez à mettre un bazar innommable ! Vous fouil ez dans la maison, dans le passé, dans les êtres, dans ma vie et dans ma tête ! Et vous pensiez être accueil i tel Hol ande à Tombouctou ? ! » Au fil du discours, la voix avait pris de l’ampleur, de l’intensité, de la violence et atteint des tons aigus. Latour la regardait imperturbable. « - Enfin ! je vois poindre l’Humain ! dit-il ‘’Savoir reconnaître l’humain….
- ‘’jusque dans l’inhumain. L’ignoble est souvent du noble qui a mal tourné ‘’ Jean Rostand. - Gagné. » Ils sourirent. La rage de Marie Ange s’était subitement apaisée.
- J’avais compris. Vous avez laissé à dessein vos ustensiles de fumeur pour vous fournir un prétexte. La ficel e est un peu grosse.
- Vous êtes une empoisonneuse.
- Muriel Batiste ? Maître Jean Martin ? Ca vous dit quelque chose ? - Vous jouez aux devinettes maintenant ? Muriel est la col aboratrice de mon mari au restaurant. Martin est un avocat de Besançon. Gagné ? - Vous saviez naturel ement que Denis, votre mari, avait une liaison avec Muriel Batiste ? Et qu’il avait consulté Maître Martin, le mois dernier, pour entamer une procédure de divorce. Vous saviez qu’il avait l’intention d’épouser Muriel ? - Mais… qu’est ce que c’est que vous racontez ? ! - Décidément , Madame, vous semblez ignorer tout ce qui vous concerne au premier chef : vous ignorez que vous héritez de la totalité des biens de vos beaux parents en cas de disparition de leurs deux fils sans descendance, vous ignorez que votre mari avait noué une relation sérieuse avec son associée et en prime vous ignorez qu’il avait la ferme intention de divorcer pour épouser Muriel. Un psy dirait que vous vous placez systématiquement en situation de déni…. » Il esquissa un sourire moqueur, puis se plia en une quinte de toux.
« - Marie Ange vous avez ourdi un plan machiavélique : si Denis vous quittait, vous pouviez dire adieu à la maison et accessoirement au reste de l’héritage. Je dis accessoirement car moi je sais que seule la maison vous importe. Pas le jury. » Il toussa, frissonna.
« Vous êtes grippé Monsieur Latour. Regagnez votre lit. » Il lui lança un regard furibond.
« - Vous avez empoisonné Denis, son frère et Laurence. Vous avez utilisé une préparation à base d’extraits issus de l’if. Certains médicaments en contiennent. Notamment des anti cancéreux comme le docétaxel. Vous pouviez vous servir facilement au labo pharmaceutique du CHU. - Votre culture éclectique me laisse pantoise » ironisa Marie Ange. Sans se laisser démonter par l’interruption, Latour continua : « - J’ignore encore comment vous avez administré le poison à vos trois victimes. Je suis obstiné. Je trouverai. Quelques vérifications des stocks du labo, des sorties de produits. Au besoin j’aurai recours à la SRPJ de Besançon qui dispose de moyens d’investigation plus performants. Les gélules de phytothérapie n’étaient qu’un leurre destiné à faire porter les soupçons sur Clémence. Un enquêteur moins habile et intuitif s’y serait laissé prendre.
- Vous avez un ego surdimensionné Latour ! » Là encore, il ignora la provocation et enchaîna : « - Après la mort de Denis, Stephan et Laurence, vous avez rempli les gélules de poudre d’ifs grossièrement pilés dans les flacons manipulés par Clémence et placé la boîte à bijoux contenant la même préparation dans la table de nuit de Clémence. Le tout, bien sûr, avec vos gants chirurgicaux pour qu’on ne puisse pas relever vos empreintes.
- Non seulement vous avez la grippe mais vous êtes atteint de schizophrénie aiguë. Néanmoins, je vais entrer dans votre délire que je mettrai sur le compte de la fièvre ou de l’aliénation. Admettons que j’ai voulu supprimer Denis, quel e qu’en soit la raison. Pourquoi aurais-je fait subir le même sort à Stephan et Laurence ? - Denis disparu : Stephan héritait de la totalité des biens à la mort de cel e qu’on supposait être sa mère Emilie. Il aurait tout liquidé. Il fal ait faire vite. Vous saviez que Clémence al ait mourir : leucémie. El e était ‘’condamnée’ comme on disait au début du siècle dernier.
- Vous fantasmez Monsieur Latour. Il est vrai que des malaises récents nous avaient inquiétés. C’était une simple anémie. Souhaitez-vous voir les analyses faites il y a trois semaines ? - Inutile, je les ai. J’ai aussi l’étude du disque dur de l’ordinateur central du labo du CHU. C’est une leucémie qui a été détectée. Là encore, vous avez accès aux ordis du labo d’analyses et vous avez modifié les résultats. - El e était perdue Latour. J’ai voulu lui épargner l’angoisse de la maladie incurable, les traitements lourds et inutiles, bref l’acharnement thérapeutique. Oui. J’ai trafiqué les résultats. Mais si je suis la criminel e que vous imaginez, j’avais tout intérêt à la maintenir en vie le plus longtemps possible pour éviter que le domaine ne tombe aux mains de Stephan après le meurtre de Denis, n’est ce pas ? - J’ignore si j’ai un ego surdimensionné mais vous : vous vous prenez pour l’Etre Suprême ! La Bonté et la Charité faites femme ! Vous décidez, vous tranchez, vous disposez de la vie d’autrui. Je peux parfaitement, dans un premier temps, vous inculper pour non assistance à personne en danger.
- Vous ne le ferez pas. Je nierai avoir modifié les résultats. Pardonnez-moi de vous rappeler que je suis une praticienne reconnue et respectée. On conclura à une erreur de manipulation du secrétariat ou on inculpera l’Ordinateur et l’Informatique….
- Pas quand on saura la suite. Vous avez très vite deviné que Clémence jouait le rôle d’Emilie. C’est ce qui vous a donné l’idée d’organiser la mise en scène du pseudo chantage de Laurence. Comme el e laissait tout traîner, c’était un jeu d’enfant que de subtiliser son portable, d’envoyer les 3 SMS qui l’accusaient à son amie Michelle Loryot, de dissimuler le portable dans sa voiture. Après la mort de Denis, Stephan, Laurence, Clémence assommée par votre somnifère, vous avez eu tout loisir pour mettre les 6000 euros et les bijoux d’Emilie dans le sac de Laurence. Plus tard, vous avez fait en sorte que je devine que Clémence et Emilie étaient jumel es en ouvrant sous mon nez l’album photos. Tout était orchestré pour me manipuler. Clémence coupable : c’était plausible. Ensuite, il vous fal ait vous débarrasser de Clémence. Ne feignez pas la stupéfaction ! Si attachée qu’el e vous fût, el e ne se serait pas laissé accuser de triple homicide sans protester. Il était plus simple de la suicider. Vous étiez toute de noir vêtue : le sang marque moins sur le noir. L’arme était dans une des poches zippées de votre veste. Là haut, vous avez vite enfilé vos gants, armé le pistolet et tiré à bout portant, au cœur. Clémence avait commencé à remplir son sac. Vous avez fourré en toute hâte les vêtements préparés dans le tiroir de la commode. Le désordre a retenu mon attention. Clémence comme Emilie était soigneuse, méticuleuse, voire maniaque du rangement. Les corsages, pul s et sous vêtements pèle mêle : bizarre….
- ‘’Le beau est toujours….
- bizarre’ . Baudelaire. Curiosités esthétiques. - Gagné. Mais au bout du compte ou du ‘’conte’ vous n’avez que votre intime conviction et votre imagination fertile pour persuader un jury. Quel es preuves tangibles ? - 48 heures de garde à vue à la SRPJ ont fait craquer des criminels plus endurcis que vous Marie Ange. Un dernier détail que j’ai gardé pour moi comme le reste, pour l’instant. Les mains de Clémence étaient crispées sur le pistolet face à l’impact. Vous êtes experte en chimie, en chirurgie et en physiologie, mais vous ne savez pas que les mains d’un suicidé retombent et s’ouvrent. Il aurait fal u, après avoir imprimé ses empreintes sur l’arme, placer la victime bras ouverts, le pistolet à côté de la main droite. - Un détail que vous avez gardé pour vous comme le reste…. Pourquoi ? - Parlons sans ambages : vous héritez d’un solide patrimoine. Je fais silence. En contre partie, de temps à autre, vous me confiez une certaine somme. Disons 45 % du total, peu à peu.
- J’ignorais que la Gendarmerie Nationale autorisait le cumul. Non content d’exceller dans la bril ante carrière d’Adjudant chef, vous vous lancez dans la noble profession de maître chanteur ? Vous avez dit vous même que ce n’était pas un métier d’avenir….
- Vous avez 24 heures pour réfléchir. » trancha-t-il. Il fut secoué à nouveau de tremblements et de quintes de toux, sortit de sa poche une tablette de paracétamol : « Je peux ? » Dans la cuisine, Marie Ange prit un grand verre à orangeade : « Je n’ai plus d’eau minérale. Nous n’avons pas été livrés. Vous devrez vous contenter de l’eau du robinet. Vous pouvez boire tranquil e : je n’ai quand même pas pu empoisonner tout le réseau d’alimentation en eau potable de la région… » Il haussa les épaules avec indifférence, emplit le verre, vérifia son portable. A cet instant, le téléphone fixe de la bibliothèque sonna.
Marie Ange revint : « Un ami d’Emilie que je ne connais pas. Je vous raccompagne. »Latour démarra. Il ouvrit sa vitre : « - Marie Ange, ‘’ L’homme n’est ni ange, ni bête…… - Non, Monsieur Latour. Je ne joue plus.
- Dommage. Demain alors…Marie Ange, cria-t-il en la voyant s’éloigner, n’oubliez pas : fermez les volets, c’est plus prudent. - Emilie ne les fermait jamais. C’est grâce à ça qu’elles ont été sauvées de l’incendie par les voisins. » El e regarda les feux de la voiture s’éloigner et refoula la vague de tristesse qu’elle sentait monter.
Une fois dans la cuisine el e ôta son anorak, ses bottes et descendit à la cave. El e réapparut vêtue d’un bleu de travail, une caisse à outils à la main. Après avoir choisi une clef à molette, el e se pencha sous le placard de l’évier et travail a quelques instants. Mentalement, el e remercia son père qui l’avait traînée avec lui toute son enfance sur divers chantiers et l’avait initiée aux mystères de la plomberie. Au bout d’un moment, el e se redressa satisfaite, vida dans l’évier le reste d’un réservoir plastique et contempla la pompe doseuse qui lui avait permis de distil er l’if et la morphine dans l’eau courante le 6 janvier et ce soir. El e ouvrit le broyeur qu’Emilie avait fait instal er à grands frais après un séjour aux USA. El e y jeta ses gants, amorça un geste pour y mettre la pompe doseuse, le réservoir et les 2 petits tuyaux qui reliaient le circuit. El e se ravisa au dernier moment et rangea ses instruments au fond de la boîte à ardi 8 janvier : 10.30 : Marie Ange entra dans la bibliothèque. Le journal ‘’Les nouvel es de Deluz’ avait été glissé sous la porte. El e déchira la bande, s’assit dans son éternel fauteuil club et déplia la double feuil e de l’hebdomadaire. Un grand encart s’affichait en page de garde : ‘’ A l’heure où nous mettons sous presse, nous apprenons le décès de l’Adjudant chef Paul Latour victime d’un accident de la route cette nuit. Son véhicule a glissé sur la chaussée et a percuté un sapin. Une cérémonie religieuse aura lieu en l’église de Deluz : Vendredi 11 janvier à 14 heures. Il sera incinéré à 18 heures au crématorium de Besançon Est. L’adjudant chef Latour venait de s’illustrer, encore une fois, dans l’enquête du triple meurtre des Grands Ifs. Nous adressons à ses proches nos condoléances les plus sincères.’ El e soupira. Perdu ! pensa-t-el e. El e retourna à la cave. Cette fois, el e ne prit pas la peine d’enfiler sa cote. El e bricola quelques instants sous l’évier.
El e ouvrit dés qu’elle entendit la camionnette de la gendarmerie. Latour, martial et imposant, en uniforme, flanqué de deux gendarmes, se planta devant el e. « Attendez-moi là, dit-il à ses col ègues.» El e montra le journal ouvert sur la table basse entre les deux fauteuils, soulignant par son geste que l’affaire était close : « - J’ai bien reçu votre message, Adjudant chef. Il est limpide. - Je savais que vous lisiez aussi entre les lignes. Vous avez pris vos dispositions ? Bien. Vous avez commis une erreur, Madame, vous n’avez pas fermé les volets. Les 3 gendarmes postés sur les sapins avaient une vue imprenable sur la cuisine. Tout a été filmé sous des angles différents. Aux 4 meurtres, on peut ajouter : tentative d’homicide sur un représentant de la loi. Hier, pendant que vous répondiez au téléphone, j’ai prélevé l’eau que vous m’aviez offerte. J’avais tapé une touche du portable pour envoyer un signal à un col ègue. C’est lui qui vous a retenue quelques instants en se faisant passer pour un ami d’Emilie. Avec la dose d’if et de morphine que vous me destiniez, la messe était dite. Vous n’avez pas cru une seconde à ma fausse tentative de chantage, n’est-ce pas ? Il fal ait bien tout tenter pour vous démasquer. Je n’avais pas l’ombre d’une preuve. J’ai fait la chèvre. » Marie Ange fut prise d’un fou rire incoercible. Latour la regardait, médusé. « Désolée c’est nerveux, dit-el e entre deux hoquets, c’est juste que je vous imaginais en chèvre ! » Il éclata à son tour d’un rire assourdissant. Agrippés l’un à l’autre, dans leur accès d’hilarité, ils se tordaient en une orgie de cocasserie et de burlesque, insensibles à l’insolite de la situation. Peu à peu, ils se calmèrent et reprirent pied dans la réalité. « Al ons-y maintenant. » Marie Ange embrassa du regard la bibliothèque et ses hôtes. « Venez Marie Ange. Ils étaient là avant nous, ils survivront après nous. C’est la seule chose pérenne. » Marie Ange ferma la porte de la bibliothèque.
Sur la table de la cuisine, el e avait mis une enveloppe bien en évidence. La caisse à outils, dans un coin. El e prit un verre, fit couler l’eau, avala d’un trait. Puis un autre et un autre encore. « Voyez, dit Latour, un gendarme se tenait sur cet arbre. Le deuxième un peu plus à droite, le troisième : là-bas. Deux autres policiers étaient embusqués du côté de la bibliothèque. Vous êtes si déconcertante que j’ai dû parer à toute éventualité. » Ce sapin, Denis et el e l’avaient planté, 30 ans plus tôt, à leur premier Noël, le second plus grand : on l’avait surnommé le sapin de Poulon : le chien d’André et d’Emilie l’arrosait régulièrement dans un élan d’affection, le dernier, là haut, c’était…. Arrête Marie Ange ! Arrête ! Les mécanismes stratégiques de résistance mis en place s’enrayaient. El e fixa un point précis dans le ciel et inspira pour tenter de ravaler la boule d’émotion et de nostalgie qui gonflait son ventre, sa gorge et menaçait d’éclater dans ses yeux. El e partit d’un rire artificiel et à son grand désarroi, désespéré : « 5 gendarmes pour moi ! Et le GIGN ? Il était où ? » El e chancela, se retint au bord de l’évier. Latour se précipita : « Putain de bordel Un bref instant, il crut contre toute vraisemblance qu’el e n’avait pas rebranché la pompe et le doseur sur la canalisation de l’évier, qu’el e n’avait pas avalé 3 verres d’une eau empoisonnée, qu’el e al ait se redresser et le regarder l’air faussement réprobateur avec ce petit claquement de langue « Tut, tut, tut » comme pour réprimander un enfant turbulent, qu’el e al ait dire sur le ton un peu condescendant qu’el e affectait avec lui : « Voyons ! S’il vous plaît, Adjudant chef ! Ne soyez pas grossier ! Tut, tut, tut ! » Il la soutenait. La tête avait basculé en arrière, les yeux fixes, figés, pupilles dilatées, la bouche entre ouverte comme en quête d’un dernier souffle. Il passa un bras sous sa nuque, l’autre sous ses genoux et avec une infinie tendresse, il l’étendit sur le carrelage à damiers noirs et blancs. Pourquoi, précisément à cet instant, revoyait-il un tableau de Vermeer ? Il se redressa et prit sur la table l’enveloppe blanche qu’il avait remarquée dés l’entrée. « Pour Monsieur Latour ». Ses doigts épais tremblaient. Il dut s’y reprendre à deux fois pour extraire la feuil e : « ‘’ …et qui fait l’Ange fait la Bête.’ Blaise Pascal. J’ai gagné Paul ? » Latour ne comprit pas tout de suite pourquoi sur la feuil e tombait une goutte d’eau, puis une autre, puis une autre encore, puis……

Source: http://www.labibliothequeduchesnay.fr/userfiles/lhommenestniangenibete.pdf

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